Divination par les oiseaux

Shao Yong a marqué l’histoire du yi jing et est considéré comme le « père » de la méthode Fleur de prunier ou mei hua yi shu. On considère aujourd’hui comme douteux que ce fin lettré du 11ème siècle ait effectivement mis au point cette méthode. En revanche c’était un cosmologue passionné ainsi que le révèle l’ouvrage de Alain Arrault « Shao Yong, poète et cosmoslogue » qui rapporte différentes anecdotes illustrant les aspects de son travail se rapportant à l’étude de la cosmologie et l’une de ses applications : la divination.


Le don de prédiction est omniprésent dans les récits qui mettent en scène Shao Yong. Ainsi Shao Bowen [son fils] relate-t-il l’anecdote qui suit : un jour de l’ère Zhiping (1064-1067), son père entendit le cri d’un coucou près du pont de Tianjin dans la proche banlieue de Luoyang. Le fait n’est pas ordinaire car il n’y a pas, en temps normal, de coucou dans cette région. Immédiatement, Shao Yong interprète cet augure : un homme venu du sud de la Chine occupera dans deux ou trois ans le poste de ministre et amènera avec lui beaucoup de compatriotes. Cela sera source de nombreux changements. On lui demande les raisons de son interprétation. Lorsque le souffle (qi) va du nord vers le sud, explique-t-il, l’empire est bien gouverné ; si c’est l’inverse, le désordre apparaît. Les oiseaux précèdent le souffle ; le coucou, oiseau du Sud, est donc l’annonciateur d’un souffle qui va du sud au nord. Ce souffle est toujours porteur de calamités, de désordres et de maladies pour les gens du Nord. Son pronostic se révélera exact puisque Wang Anshi, originaire du Jiangxi, deviendra ministre en l’an 1070 et commencera une série de réformes avec l’appui du l’empereur Shenzong, qui provoqueront la chute de nombreux ministres originaires du Nord.

Note : Sur la circulation nord-sud, sud-nord : « le déplacement du souffle obéit également à un cycle : du sud au nord, désordre, mais après le désordre, le souffle reprend son mouvement de régulation du nord au sud. Dans son Kunxue jiwan, Wang Yinglin (1223-1296) assimile ce cycle au passage, dans le « diagramme du  monde antérieur au ciel » des soixante-quatre hexagrammes, de l’hexagramme Tai [11] à Pi [12] en passant par Gu [18] (du sud au nord), puis de Pi à Tai en passant par Sui [17] (du nord au sud).

Shao Bowen, pour étayer le propos d son père au sujet du don particulier qu’ont les oiseaux, mentionne une anecdote qu’on lui a rapportée. Avant que les Song ne s’imposent, il y avait à Xizhou (au nord-ouest de la province du Gansu) une stèle de l’époque des Tang sur laquelle vinrent s’assembler des milliers de moineaux. Comme ces oiseaux n’existent pas dans cette région, les peuplades non chinoises qui l’occupaient y virent le présage funeste du retour des Han. Xizhou retomba effectivement dans le giron des Chinois avec l’avènement de la dynastie des Song.

in « Shao Yong (1012-1077), Poète et cosmologue », de Alain Arrault, p. 173-175, éditeur Institut des hautes études chinoises, collection Mémoires de l’institut des HEC, 2002, 498 pages
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