L’analyse par les images et les chiffres (xiang shu yi xue) est une approche très classique qui repose sur les attributs des trigrammes. Bien souvent, on construit l’hexagramme en déduisant d’éléments saillants de la situation les trigrammes associés. On leur fera ensuite, suivant de règles nombreuses et hétéroclites, suivre une mutation qui achèvera de compléter le tableau et l’interprétation.
Quoique plutôt au fait des attributs des trigrammes, j’ai toujours trouvé cette approche difficile à maîtriser et ce n’est pas faute de m’y être régulièrement exposée. J’ai vécu il y a quelques semaines une journée qui a lumineusement éclairé ma compréhension des xiang.
A quoi tient cette histoire ? Nous recevons régulièrement des colis et, invariablement, après que nous ayons ouvert la porte du hall au livreur, celui-ci monte à l’étage déposer son colis. Toutefois, l’histoire que je vais vous raconter commence autrement. J’avais purement et simplement oublié que nous attendions une livraison, je m’apprêtais à partir travailler quand un livreur sonna à l’interphone pour s’annoncer. Je lui ouvris et, quelques minutes plus tard, ne le voyant pas monter je décidai de descendre voir ce qui se passait. De manière inhabituelle, il m’attendait au pied de l’ascenseur, nous échangeâmes quelques mots, je signai le document de livraison, remontai le colis et partis travailler.
A la sortie de métro, au pied d’une belle envolée de marches, je découvre en levant le nez qu’une femme assez âgée pousse devant elle un caddie plein à craquer et manifestement très lourd. Je le lui descends en bas des marches pour faciliter ses déplacements, ce dont elle me remercie avec des mots d’une grande et exceptionnelle douceur.
Au pied de l’ascenseur du bureau, le passage est assez étroit. En arrivant ce jour-là j’y trouvai un livreur avec un diable encombré de cartons lourds qu’il n’arrivait pas à manœuvrer seul, coincé qu’il se trouvait entre l’ascenseur et le mur opposé. J’arrivais au bon moment pour l’aider à naviguer et à débloquer son engin, ce qui nous prit à nous deux quelques minutes quand même car la place manquait.
En me versant mon premier café de la journée, je repensai à cette succession d’événements inhabituels qui me semblaient tous liés indirectement entre eux. Quelqu’un chargé d’un colis, lourd, qui est bloqué dans son avancée, qui implique un mouvement descendant. Un hexagramme me vint alors à l’esprit.
Les commissures des lèvres
Une partie du jugement, dans la version de R. Wilhelm, me revint en mémoire : « Observe l’administration de la nourriture et ce qu’un homme recherche pour remplir sa propre bouche. » Ah ah ! Que me réservait donc cette journée et à quoi devais-je donc prêter attention ?
Je déjeunai ce jour-là seule d’un repas rapide pris chez le traiteur du coin. Dans le milieu de l’après-midi, je commençai à me sentir mal, ce que j’avais mangé ne passait pas, en tout cas pas très bien. Je fus vraiment malade le soir et me sentais encore patraque le lendemain matin. Ce n’est donc que le lendemain que, repensant à l’hexagramme 27, je fis le lien : 27 – l’administration de la nourriture : il fallait faire littéralement attention à ce que l’on mange ! La beauté de la chose me fit rire sur le moment et sourire encore souvent plus tard.
On aurait pu déduire que c’était le repas de midi qui était en cause car il y eut trois événements similaires ce qui nous amène au 3ème trait de l’hexagramme, soit grosso modo la fin de la matinée !
Beauty, no ?